Notre lettre 1422 publiée le 2 octobre 2026

FERVEUR AUTHENTIQUE...

MAIS RÉPONSES TROUBLANTES

UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE

Le voyage du Pape Léon XIV en France, ces jours derniers, est un succès médiatique indiscutable. L’enthousiasme d’une jeunesse touchante de piété et de santé a pu s’exprimer sans désordre, à la faveur d’une organisation hors-pair. Les discours du Saint-Père, multiples et denses, ont épaté le clergé spécialisé dans la communication. La mission apostolique du Pape va-t-elle porter ses fruits ? L’un d’entre eux, et non le moindre, est d’avoir conquis largement un vaste public, assuré de la francophilie du visiteur de marque.

Seul un pisse-vinaigre aurait pu, devant les images d’enthousiasme partagé, se montrer dissonant. Le contentement général tient au fait que chacun a retenu les propos congruents avec sa propre attente, faisant son miel de ces derniers sans s’irriter du reste. La lecture attentive des textes qui furent déclamés dans les cénacles divers, délivre des malentendus acoustiques, que l’expression de l’orateur en langue étrangère ne permet pas d’éviter.

Les textes, donc, frappent par l’habileté de leur propos. De la ruse de Goupil à celle d’un Ulysse, on mesure le subtil enchevêtrement d’ellipses, de litotes, de paradoxes, donnant au lecteur juvénile, ou acquis d’avance, l’impression qu’une nouvelle révélation est à l’œuvre pour notre temps, faisant d’eux des récipiendaires privilégiés. On peut les comprendre. Habitués au désert magistériel de l’épiscopat français, ils jubilent à bon droit de la corne d’abondance venue de Rome.

Les plus madrés font rarement partie des plus jeunes. Ce sont ces derniers qui intéressent le Pape, qui tient à leur égard un discours qui, sur le fond, les dépasse. Ces jeunes se trouvent être nos enfants, et surtout nos petits-enfants. Nous avons donc un devoir d’État, celui de dissiper la poudre aux yeux. En effet, ce Pape qui n’a que le mot « paix » à la bouche ou à la plume, ne supporte pas les opposants au funeste Concile Vatican II, auquel la Chrétienté Historique, celle qui fut rappelée brillamment au Stade de France le vendredi 25 septembre, ne survit pas. Soyons clairs : la guerre des soldats en armes lui est odieuse, mais l’élimination sournoise des traditionalistes de l’intégralité des postes ecclésiaux d’influence semble relever de la salubrité ecclésiale. C’est le prix de la paix, mais laquelle ?

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Le discours à l’Unesco du Pape régnant, qui rend hommage au franc-maçon René Cassin, reprend, sans citer ses sources, les termes de l’article 1er de la Déclaration maçonnique des Droits de l’Homme de 1948 que ce juriste mis à l’honneur a peaufinée. Laquelle, depuis Jean Paul II, au nom de la libération de sa chère Pologne, pollue les constitutions des États qui furent catholiques et ne le sont plus . Il en est de même pour la religion démocratique, exposée comme un acquis inaliénable de la civilisation.

Le maléfice de ces « droits de l’homme et du citoyen » tient en ceci qu’il transforme tout homme en revendicateur de sa souveraineté, puisque le pouvoir est attribué à une entité mythique appelée « peuple », dont le citoyen est réputé membre, et que tout État doit fléchir le genou devant tout protestataire. L’Église, jusqu’au Concile Vatican II exclusivement, à toujours vu dans ces incantations un déni de l’Autorité Divine. A Pilate, (Jean 19,11), le Christ rétorque : « tu n’aurais aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut », et Saint Paul ajoute (Eph 3,14-15) : « C’est pourquoi je fléchis les genoux en présence du Père, de qui toute paternité, au Ciel et sur la terre, tire son nom ».

Autre citation du discours à l’Unesco, la périphrase « Prince de la Paix » désigne-t-elle le Christ Sauveur, ou le Prince de ce monde, à savoir Satan, l’ennemi du genre humain ? Les jeunes éphèbes de bonne volonté venus écouter le Pape n’ignorent certainement pas les propos d’Isaïe, chapitre 9, verset 6 que voici, pour mémoire : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince-de-paix, pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l’établir et pour l’affermir dans le droit et la justice. Dès maintenant et à jamais, l’amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela ».

Ce prédicat de Prince de la Paix, extrait de son contexte, dénature la signification de la paix que le Sauveur nous promet.

Deux citations de l’Évangile dissipent à elles seules l’illusion trompeuse. Saint Mathieu, chapitre 10, verset 24, rapporte les paroles du Christ que voici : « N’allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille. Qui aime son père ou sa mère n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. »

Saint Jean, chapitre 14, verset 27, précise encore ceci : "Mais le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. »

Saint Augustin, dans « la Cité de Dieu », note déjà une confusion dans l’emploi du terme « concorde ». La place de la Concorde, lieu des exécutions sous la Terreur, a-t-elle ouvert son espace, ce samedi 26 septembre 2026, à une messe de réparation ? La Cité terrestre veut la concorde pour pouvoir jouir sans entrave des biens terrestres. La Cité céleste veut la concorde pour évangéliser plus largement.

Si le Pape Léon a la même conception de la paix que le prix Nobel de la paix (1968) René Cassin, franc maçon de haut vol, et son texte à l’Unesco le suggère, c’est qu’il tient la Royauté Sociale du Christ pour obsolète, désuète, périmée. L’espoir d’un enseignement catholique authentique, dont la foule catholique, jeune ou moins jeune, montrait son avidité, sera, hélas, déçu, passée l’émotion du collectif en fête. Mais une information demeure : pour le pape régnant, la Vérité évangélique passe après les connivences mondaines. Les plus madrés ne s’y laisseront pas prendre.


Philippe de Labriolle

Psychiatre Honoraire des Hôpitaux

A la une

S'abonner à notre lettre hebdomadaire

Si vous désirez recevoir régulièrement et gratuitement la lettre de Paix Liturgique, inscrivez-vous.
S'ABONNER

Paix Liturgique
dans le monde

Parce que la réconciliation liturgique est un enjeu pour toute l'Église universelle, nous publions tous les mois des lettres dans les principales langues du monde catholique. Découvrez et faites connaître nos éditions étrangères.

Télécharger notre application

Soutenir Paix Liturgique