Notre lettre 1408 publiée le 31 août 2026
L’ODIEUSE TRIBUNE DE MGR EYCHENNE :
DERRIÈRE LA CULPABILISATION
DU MONDE TRADITIONNEL,
LE REFUS D’UN DIALOGUE VERTUEUX
AUTOUR DU VRAI BILAN DE LA NOUVELLE MESSE.
A un mois de la venue de Léon XIV à Paris, Lourdes et Metz, le quotidien La Croix, en sa Une du mardi 25 août évoquait la ferveur montante des catholiques de France. Une Eglise hexagonale « en pleine effervescence » complétait le titre de l’article en page 2. On ne peut que se réjouir par avance des très nombreux fidèles qui viendront entourer le pape de leur affection et de leur prière. Nous en serons !
Cependant, en guise de bouillonnante effervescence, la tribune dans les pages du même quotidien, signée la veille par l’évêque de Grenoble-Vienne, a eu le don, elle, de jeter de l’huile sur le feu des blessures liturgiques… Plutôt que du baume et des pansements, prêtres et fidèles attachés au missel traditionnel n’ont eu droit qu’à une effervescence acerbe et imprécatoire.
Néo-bugninien impitoyable
Les plus espiègles ne s’étonneront pas, à l’approche de la visite officielle du Saint-Père en France, que certains évêques sortent l’artillerie lourde pour dénigrer le courant traditionnel. Ces hiérarques de l’Eglise de France ne voudraient sans doute pas en effet rater l’occasion de tirer profit du champ médiatique que leur ouvre, forts de leur mitre et de leur crosse, l’arrivée prochaine de Léon XIV. Mgr Jean-Marc Eychenne, actuel évêque de Grenoble-Vienne, pourtant issu de la Communauté Saint-Martin (il fut ordonné en Italie dans le diocèse de Gênes en 1982), se révèle dans sa tribune à l’image d’un néo-bugninien résolu, néo-bugninien, du nom de Mgr Bugnini architecte controversé de la réforme liturgique. Dans son texte, au ton doucereux en apparence, Mgr Eychenne livre en réalité un argumentaire moralisateur, déconnecté de la réalité et, au détour de certaines formules, franchement méprisant. Nous le savons, l’idéologie est étrangère au réel et lorsqu’elle se met en branle, c’est toujours la charité qui s’en trouve blessée. Le message de Mgr Eychenne se montre à cet égard impitoyable : libéraliser la liturgie ancienne aurait des conséquences négatives pour l’Eglise. Lever les restrictions faites au Vetus Ordo sous le pontificat du pape François ? Surtout pas ! Cela instillerait le virus de la défiance envers la formidable réussite de la réforme liturgique.
Selon l’évêque de Grenoble-Vienne, les fidèles attachés au Vetus ordo ont besoin d’être accompagnés. Il conviendrait en effet selon Mgr Eychenne d’accompagner les fidèles qui se nourrissent des richesses du missel traditionnel à découvrir à la fois « comment la réforme liturgique est le témoignage d’une foi inchangée », tout en ajoutant – au risque de se contredire – que « cette liturgie est au service d’une théologie d’une Eglise renouvelée ». Pauvres catholiques amoureux de la liturgie et du catéchisme traditionnels ! Sans doute sont-ils plus lents, plus rustres, plus compliqués. Voire frappés d’une étrange maladie ? La « formolite aiguë » ? Depuis soixante ans, prend pitié Mgr Eychenne, ils n’ont toujours pas compris « la richesse théologique et spirituelle apportée par le nouveau missel romain ». Se couper de la liturgie nouvelle est « tellement dommageable » insiste-t-il ! On peine pourtant à suivre le raisonnement. Si la réforme liturgique est « le témoignage d’une foi inchangée », quel problème y aurait-il, en ce cas, à user du missel tridentin, qui du coup se trouverait en totale cohérence avec cette foi inchangée ? Mais si « cette liturgie est au service d’une théologie d’une Eglise renouvelée », quels sont, en ce cas, les contours de ce renouvellement ? Ce renouvellement deviendrait-il alors incompatible avec le message porté par deux mille ans de développement organique de la Tradition ? Avec une tradition liturgique notamment, dont le missel de 1962 reste précisément l’ultime témoin, solide sur ses appuis, avant les bouleversements liturgiques des années soixante et suivantes ?
Un dialogue que refuse les évêques
Il y a en outre matière à rire quand on note que le texte de Mgr Eychenne publié dans La Croix se trouve dans la rubrique du lundi, intitulée : « A vif / l’espace du dialogue ». C’est peu de dire que les fidèles traditionnels font leur la sentence du philosophe britannique Roger Scruton : « La vraie conversation, c’est la civilisation ». Hélas, cet espace de dialogue, nous n’ignorons pas, nous laïcs traditionnels, que l’extrême majorité des évêques nous le refuse depuis toujours. Point de discussions dans la charité et la vérité, point de débat de fond. De brebis à pasteur. Point de dialogue dans l’amour du Christ et de son Eglise, animé par le désir fraternel de mieux se comprendre. D’enfants à père. La plupart des réponses épiscopales à nos suppliques liturgiques, quand elles se font affirmatives, s’expriment sous la tonalité de la concession et sous le régime de la suspicion. Quand elles se font négatives (ce qui, on l’aura compris, reste le cas le plus fréquent depuis cinquante ans), les injonctions des évêchés se griment en leçons de morale ou se drapent de l’argument d’autorité. La vie spirituelle de nos foyers ? Celle de nos familles ? L’éducation catholique de nos enfants ? Le respect de Jésus-Hostie devant le consternant spectacle offert en de nombreuses paroisses ? Ces sujets ne sont pas abordés ou sont éludés, comme autant de tabous ou de non-dits dans une famille divisée dont ils ont pourtant la charge de l’unité. Il nous est simplement reproché d’être ce que nous sommes comme si notre seule existence leur pesait, comme si notre fidélité à la messe traditionnelle leur était « un reproche vivant » (Sg 2, 14).
Mgr Eychenne, dans son texte, s’échine à prouver qu’il ne nous veut pas du mal, mais selon la sagesse proverbiale « Chassez le naturel… » Bien qu’il s’en défende, les propos de l’évêque de Grenoble-Vienne apparaissent en effet rempli de condescendance.
Avant de dénoncer dans de prochaines lettres le biais idéologique et les impasses de ces affirmations lapidaires, qu’il nous soit permis de pousser un cri. Non un cri de rage ni de désespoir, mais un appel à la justice et à la considération !
Premièrement, nous en avons plus qu’assez d’être suspectés par nombre d’évêques au motif de notre attachement à la messe traditionnelle. Nous n’avons pas la prétention d’être plus catholiques que nos évêques, mais avec la liberté des enfants du bon Dieu et en vertu de l’onction de notre baptême, disons-le nettement : nous n’avons pas la prétention de l’être moins ! Le procès d’intention dont le courant traditionnel fait l’objet depuis plusieurs décennies s’apparente aux procès de Moscou. Les injonctions épiscopales, même mielleuses, trahissent surtout un abus d’autorité qui ne dit pas son nom.
Deuxièmement, nous en avons plus qu’assez, également, de l’autosuffisance de nombres d’évêques quant aux vertus de la réforme liturgique que tous devraient applaudir, dans un garde-à-vous de rigueur. La réalité de la déchristianisation ne devrait-elle pas, à tout le moins, inviter à davantage d’humilité ? Le spectacle des soixante années post conciliaires n’est-il pas à lui seul suffisamment éloquent ? En supposant que la réforme liturgique n’ait pas contribué au grand effondrement du christianisme en Occident, force est de constater qu’elle n’a pas, en tous les cas, réussi à l’enrayer. Si l’on juge donc l’arbre à ses fruits (Lc 6, 44), un inventaire plus rigoureux et plus consciencieux de cette réforme devrait s’imposer aux chantres actuels du printemps de l’Eglise que l’on attend encore…
Troisièmement, le recours à l’argument d’autorité pour contraindre les fidèles à embrasser la réforme liturgique témoigne d’une faiblesse coupable. Non seulement nous autres catholiques traditionnels, nous nous sentons tout à fait à l’aise dans notre robe baptismale en restant fidèles à la messe célébrée avant et durant le concile Vatican II, mais mieux encore : nombres de liturges, de théologiens de premier plan et de papes eux-mêmes nous ont encouragés à vivre cet attachement en toute tranquillité.
Sur chacun de ces points, nous reviendrons aux cours de prochaines lettres, toujours sereins et animés de toutes nos forces par le désir inextinguible d’un dialogue véritable, convaincus que c’est précisément ce dernier qui constitue le chemin le plus sûr d’une paix liturgique retrouvée.





